Ce que je pense par rapport à ce qui se passe ( par Mohamed Condé)

Après les évènements du 05 septembre 2021, favorisant la prise du pouvoir par la junte militaire, vous avez été nombreux à m’écrire, m’appeler et à demander mon avis par rapport à ce qui se passe. D’un air calme, ma réponse a toujours été la même :  » au cœur de la tempête, gardez la tête froide. Observez, analysez avant d’émettre un quelconque avis. »

Après avoir observé le comportement des uns des autres, le sentiment de joie qui anime les uns et la frustration qui se lit sur le visage des autres, s’il y a lieu d’émettre mon avis sans broncher aux conséquences, voici ce que je dirais :

A un moment donné de la vie de la nation et des hommes qui l’a compose, il faut que nous apprenions de l’histoire et de nos erreurs. Cette erreur historique dans l’histoire de notre pays se situe à 2 niveaux, à savoir : ce que pensent les militants et sympathisants du régime passé des nouveaux venus, et ce que pensent les nouveaux venus et le reste du peuple des anciens dignitaires et partisans du régime passé.

1- les premiers (militants et serviteurs du régime déchu), dans leur grande majorité, pensent qu’il faut s’opposer et maudire par les actes et faits les nouveaux pour qu’ils échouent afin que l’histoire leur donne raison. L’erreur ! Nous avions connu cela dans le temps, après la mort de Sékou Touré, ses partisans au lieu de se diluer au peuple et renforcer le nouveau chef, ont pris une autre position et se sont campés là-dessus. Tout le monde sait ce à quoi cela a donné naissance. Donc si les militants et sympathisants du RPG ARC CIEL pensent qu’il faut maudire ce fait du coup d’Etat qui ne peut être rétrospectivement effacé fera leur affaire, tant pis. Le mieux, en tout cas, c’est de réfléchir et comprendre que ceux qui sont venus ne sont l’adversaire de personne, ils ne sont venus par le canal d’aucun parti politique, ils sont là pour diriger la destinée du pays pendant cette période de transition, organiser les élections libres et transparentes entre les partis politiques pour que le pouvoir revienne aux civils. Donc il est d’une impérieuse nécessité de faciliter la transition que de se mettre dans une posture qui nuira à la fois à l’avenir du parti et à entacher l’élan d’une réconciliation digne de nom.

2- Ceux qui pensent que les militants et sympathisants du régime déchu ne méritent pas de vivre comme des citoyens libres, ou du moins doivent croupir dans la misère. L’erreur !

Penser qu’il faut les insulter, les humilier pour que vos hormones de vengeances croissent à une vitesse exponentielles, parce que, selon vous, le régime d’Alpha Condé n’a rien fait de bon dans ce pays, est une aberration. Et c’est là se trouve l’erreur monumentale que nous commettrons quand nous nous laisserons submergés par nos émotions. L’opposition doit savoir que ni elle, ni la société civile, moins encore l’ex mouvance n’a le pouvoir aujourd’hui. Certes, son combat pour un changement de régime est effectif, mais l’objectif n’est pas encore atteint. Quel que soit la manière, nous devons savoir avant tout que ce sont les militaires qui sont au pouvoir, et notre souvenir avec les militaires sur la question de la transition n’a jamais été rose, car le pouvoir est addictif et ça finira toujours par leur monter la tête.

Tout pouvoir en Afrique profite de la division du peuple. Quand on perd de vu l’objectif en se focalisant sur des questions de personnes, genre, il faut se montrer revanchard maintenant là pour prouver aux autres que tout est fini, pendant que ça ne fait que commencer. Vouloir carrément stigmatiser les autres pendant que le pouvoir reste pendant entre les mains des militaires, c’est de les pousser à s’arranger du côté des militaires et à faire leur apologie quoiqu’il advienne, car quand les militaires sauront qu’une partie du peuple sera prête à les soutenir en cas de dérive, ils n’hésiteront pas de céder à la tentation, le pouvoir c’est le pouvoir. Si l’opposition malgré ses cris et ses manifestations n’a pu rien contre le régime de Alpha, c’est parce qu’une partie du peuple était du côté du Président Alpha Condé. Est-ce opportun de laisser de côté cette partie sachant qu’elle peut peser lourde dans la balance le jour où les choses tourneront autrement ? Apprenons de nos erreurs !

La force du peuple réside dans l’union, crier vite la victoire c’est ignorer tout de la politique et du pouvoir. Restez sereins, observerez, proposez pour que cette transition se passe dans les meilleures conditions, voilà ce qui doit nous animer tous.

Si seulement si j’avais quelque chose à dire, voilà ce que je dirais…

Mohamed Condé

 

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