Mohamed Diakité du PADES  » N’essayons pas d’indexer une communauté comme ennemie de la Guinée. Non! L’ennemie c’est… »(entretien)

Depuis un moment, la Guinée est secouée par des crises interminables dans les secteurs phares du développement d’un pays. Au regard de toutes ces situations, Mohamed Diakité, le coordinateur chargé à l’implantation du PADES dans la zone de Conakry, a accordé un entretien jeudi à la rédaction d’avenirguinee.net

Avenirguinee.net : Ces derniers temps, la Guinée vit au coeur de multiples crises. Notamment, les manifestations du FNDC et la grève déclenchée par le SLECG au sein du système éducatif. En tant que responsable au sein du PADES(formation politique de Dr Ousmane kaba), quel regard portez-vous sur la situation sociopolitique guinéenne ?

Mohamed Diakité: « Rien ne va, rien ne bouge dans un système qui est entrain de conduire le pays droit dans le mur. Souvenons nous, nous avons toujours dit lorsqu’un pouvoir est à son apogé, il y a toujours des situations cruciales qui se créent dans le pays. Je veux parler par exemple des velléités de changement de la constitution dans le but de maintenir un homme au pouvoir, en la personne du président de la République.

Au niveau de l’éducation, les syndicats demandent l’amélioration des conditions de vie des enseignants. En gros, c’est toute la population guinéenne qui est entrain de murmurer face à une situation qui ne les plaît pas vraiment. Donc, on va de grève en grève, de mouvement en mouvement, de protestation en protestation. Et, je dirais que le gouvernement doit faire beaucoup attention pour ne pas créer le chaos dans le pays »

Avenirguinee.net :Le FNDC droit dans ses bottes de lutte contre l’adoption d’une nouvelle constitution a appelé à des journées de résistance qui sont souvent émaillées de violences. Qu’est ce que vous en pensez ?

« Mr Sylla, permettez-moi d’être vrai. Ils sont atteints du syndrome de 3ème mandat. Et, ils sont prêts à tout pour détruire le pays.

Revenons sur les marches précédentes du FNDC. Toutes ces marches ont été planifiées, organisées, encadrées. Il n’y a pas eu d’émeutes, il n’y a pas eu d’affrontements. Le gouvernement n’a pas entendu. Alors, le FNDC a lancé un appel à la résistance. Cette résistance n’a rien avoir avec la violence, elle n’a rien avoir avec la destruction des édifices publics et privés. C’est nous qui sommes opprimés, c’est nous qui nous battons pour montrer à la face du monde voilà qu’est ce qu’ils sont entrain de faire dans notre pays, voilà comment ils sont entrain de confisquer la démocratie dont nous nous sommes battus. Combien de jeunes sont morts pour cela ? (…) comme ils ont le dos au mur, ils veulent salir le FNDC. Le bordel qui est créé aujourd’hui à Conakry, ce n’est pas le FNDC. Ils veulent créer un climat ethnique en donnant de l’argent aux bandits pour s’attaquer aux biens des jeunes à la casse. C’est ce qui a fait que les véhicules ont été incendiés à la casse de Dixinn pour que ces jeunes là se révoltent contre le FNDC qu’ils qualifient de l’UFDG. Et, ces jeunes là voulaient se préparer pour attaquer les boutiques dans le marché de Madina puisqu’en majorité, ce sont les peulhs qui gèrent ces boutiques et les casses par les malinkés. Vous voyez ce qu’ils veulent créer en Guinée? C’est pourquoi, on a tout de suite lancé un appel à ces communautés pour dire d’arrêter. Ce n’est pas le combat d’un peulh ou des malinkés, encore moins le combat d’une ethnie contre une autre. Attention! Battons-nous pour que le pays change dans l’intérêt de tous. Nous sommes entrain de baisser les tensions »

Avenirguinee.net: le SLECG est en grève depuis un moment. Qu’en dites-vous ?

« L’enseignant est à respecter. Quelqu’un qui prend la craie, il ne se reste que pour dire 1+1=2 à un élève, rend service à la nation. Ces enseignants, du 1er au 30, n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils ne demandent que le minimum pour vivre à la différence de ceux qui sont assis dans les bureaux, qui ne foutent absolument rien, qui sont entrain de détourner des biens publics et s’acheter des bâtiments ailleurs dans le monde et pour leurs enfants. Donc, l’injustice a atteint un niveau intolérable. Et, si les enseignants demandent l’amélioration de leurs conditions de vie, je crois que cela doit être écouté par nos gouvernants. Si cela n’est pas fait, je crois que les choses ne vont pas aller. Le niveau de formation dans notre pays ne fait que baisser. Je suis enseignant, le niveau des élèves est très bas comparativement aux années précédentes. Et, je crois que pour améliorer toutes ces situations, il faut mettre les enseignants dans les conditions souhaitées »

Avenirguinee.net Vous dites que le niveau des élèves est très bas par rapport aux années précédentes, est ce que vous tenez pour responsable le gouvernement actuel ?

« Je tiens pour responsable non seulement le gouvernement actuel, mais aussi ceux qui ont précédé. Pourquoi le gouvernement actuel ? C’est parce que nous avons porté trop confiance en la personne du président de la République. Un professeur d’Etat comme lui, un enseignant de 1er rang. Nous nous sommes dit quand il viendra au pouvoir, la première des choses, c’est de s’attaquer à la formation, la qualité de la formation dans notre pays. Les enseignants seraient mis dans les conditions de travail afin que le niveau remonte. Mais, hélas ! »

Avenirguinee.net: En conclusion, quel appel avez-vous à lancer au peuple de Guinée pour une sortie rapide des crises à tous les niveaux?

« Au peuple de Guinée. Nous avons les mêmes problèmes, nous avons les mêmes difficultés, les mêmes souffrances, la même pauvreté, nous sommes dans le même pays avec ces problèmes, avec ces difficultés. Nous devons nous battre ensemble pour que ce pays là change. N’essayons pas d’indexer une communauté pour dire que ce sont eux l’ennemie de la Guinée, non! L’ennemie de la Guinée, c’est la mauvaise gouvernance, c’est ceux qui sont au pouvoir »

Réalisé par Ibrahima Sory Sylla pour avenirguinee.net
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