Scrutin présidentiel:WANEP-GUINÉE appelle les parties prenantes au dialogue( déclaration)

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A travers une déclaration, le réseau Ouest Africain pour l’édification de la paix a présenté ce samedi, 17 Octobre, dans un réceptif hôtelier de la place, son projet intitulé  » Suivi, Analyse et Atténuation de la violence Électorale » (EMAM) pour la supervision de l’élection présidentielle en Guinée.

Pour faciliter ce travail, 310 observateurs seront déployés sur toute l’étendue du territoire national au compte de WANEP-GUINEE.

Dans cette même déclaration, Wanep Guinée a aussi fait des recommandations à l’endroit du gouvernement mais également à toutes les parties prenantes sans oublier la presse nationale et internationale.

Déclaration!!!

Présidentielle Guinée, 18 Octobre 2020

Cellule de Veille Électorale

Déclaration d’entrée

Du Contexte de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

Le dimanche 18 Octobre 2020, les Guinéens se rendront aux urnes pour l’élection présidentielle. Douze (12) candidats dont deux (2) femmes sont en lice pour la présidentielle. Cette élection se déroule dans un contexte tendu marqué par une crise de confiance notoire entre les acteurs politiques et un déficit de dialogue.

A travers le pays, des partis politiques de l’opposition réunis au sein du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), soutenus par certaines organisations de la société civile. poursuivent les manifestations contre le changement de la constitution et la candidature du président sortant pour un 3è mandat. Malgré cette contestation, certains partis politiques de l’opposition membre du FNDC ont soumis leur candidature pour participer à l’élection présidentielle, alors que d’autres ont choisi la voie du boycott.

En dépit des efforts de pacification et de médiation de plusieurs acteurs nationaux et internationaux pour des élections inclusives, transparentes, crédibles et apaisées, la rupture du dialogue entre les acteurs politiques est restée sans solution et la campagne a été émaillée de discours inappropriés, haineux et à relents communautaires de certains leaders des partis politiques. Cette situation engendre des tensions et affecte sérieusement le tissu social avec pour conséquence la destruction des biens publics et privés ainsi que des pertes en vies humaines.

Au plan sécuritaire , on note avec préoccupation des incidents survenus dans la nuit du jeudi au vendredi 16 octobre 2020 dans le camp militaire de Somoreya (Kindia) ayant entrainé la mort du commandant dudit camp et la libération de certains détenus de la prison civile de la ville.

Par conséquent, l’élection présidentielle se tiendra le dimanche, 18 Octobre 2020, dans ce contexte de psychose doublée de la crise sanitaire du Covid-19. Ainsi, à la veille de ce scrutin, la situation peut se résumer comme suit :

Au titre de la liste électorale et des cartes d’électeurs,
La révision du fichier électoral suivi de sa correction avec l’assistance technique des experts de la CEDEAO, conformément à l’audit initialement réalisé, a produit une liste definitive de 5.410.086 électeurs dont 53% de femmes, un découpage de 14 938 bureaux de vote au niveau national et vingt-trois (23) commissions électorales d’ambassades indépendantes (CEAMI).
L’opération de distribution des cartes d’électeurs s’est déroulée sans incident. A ce jour, 90% des cartes d’électeurs ont été distribuées selon la CENI. Toutefois, de nombreux citoyens affirment n’avoir pas obtenus leur carte d’électeur.
Contrairement aux dispositions prévues par le code électoral, les listes électorales n’ont pas été affichées. La CENI a demandé et obtenu, de la Cour Constitutionnelle, l’impression des cartes d’électeurs sans affichage préalable.

Au titre des candidatures,
L’élection du 18 Octobre 2020 a enregistré la candidature de 13 leaders de partis politiques dont deux (2) femmes. Douze (12) candidatures ont été retenues et une rejetée.

Au titre de la campagne électorale,
Débutée le 18 Septembre 2020, la campagne électorale a connu quelques violences dont, entre autres :
Dans la soirée du 29 Septembre 2020, dans le cadre de la campagne du parti au pouvoir dans la moyenne Guinée, le cortège du premier ministre, chef du gouvernement et directeur de campagne du Rassemblement de Peuple de Guinée (RPG) a été victime d’une agression par des personnes inconnues à Dalaba causant la mort d’un jeune homme.

Le Mercredi 30 Septembre 2020, de violents affrontements ont éclatés entre partisans du RPG et ceux de L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) à Faranah. Au moins 10 personnes ont été blessées dont 09 civils et un gendarme. Une perte en vie humaine a été enregistrée.

Le Samedi 10 Octobre 2020, le cortège du candidat de l’UFDG a été bloqué et empêché de rentrer dans la ville de Kankan par les partisans du parti au pouvoir. Cet incident a occasionné des violences soldés par des blessés, des destructions de biens privés (Moto, véhicules, boutiques et maisons) et des déplacements de populations.

Le Mercredi 14 Octobre 2020 à Tougué, les partisans du RPG arc en ciel et ceux de L’UFDG se sont affrontés au chef-lieu de la sous-préfecture de Kollet entrainant des blessés et des destructions des biens privés (Moto et véhicules).

De la contribution de WANEP
Au regard du contexte et des enjeux des élections de 2020 en Guinée, le Réseau Ouest Africain pour l’Édification de la Paix en Guinée (WANEP-Guinée) a publié, en novembre 2019, un document d’analyse (Polcy brief) intitulé « Guinée 2020 : les signes de processus électoraux à risques » qui révèle des risques de violences électorale en Guinée avec des recommandations à l’appui pour l’atténuation de ces risques.

Pour apporter sa contribution a? la tenue d’une élection libre et pacifique, le Réseau Ouest Africain pour l’Édification de la Paix en Guinée (WANEP-Guinée) en collaboration avec l’ONG AGIL, le Cabinet AM GOV et la Fondation Ba Mamadou avec les appuis financiers de l’Union Européenne (UE), l’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA) et la GIZ a mis en œuvre une approche de ‘’Suivi, analyse et atténuation de la violence électorale’’ comme mécanisme d’Alerte-Réponse d’intervention sur les trois phases électorales : Avant, Pendant et Après le scrutin.

L’intervention du consortium vise à contribuer à la prévention et à l’atténuation de potentiels risques de violence électorale à travers un dispositif de Cellule de Veille Électorale qui en est une étape clé des efforts de prévention de la violence électorale.

Ce dispositif fonctionne sur la base d’une mission d’observation et de suivi de la violence électorale totalement différente des missions classiques d’observation de par son plan de déploiement et sa stratégie de coordination.

Plan de déploiement de notre mission d’observation
Au lieu d’observateurs statistiquement déployés, le dispositif privilégie un déploiement prioritaire dans les potentielles zones à risques de violences électorales.

A cet effet, depuis les 12 et 13 septembre 2019, des experts de la société civile mobilisés par WANEP-Guinée ont validé une cartographie des zones à risques de violences électorales qui a été actualisée à plusieurs reprises. Ainsi, sur la base de l’histoire des élections en Guinée et des enjeux de l’élection à venir, toutes les unités administratives du pays ont été analysées et regroupées en 3 catégories : ‘’Zones à faibles risques’’, ‘’Zones à risques moyens’’ et ‘’Zones à forts risques’’ de violence électorale. Des indicateurs ont été développés pour le suivi du processus électoral dans ces zones.

C’est sur la base des besoins de présence physique dans les zones identifiées à risque de violence que 310 observateurs formés, équipés et accrédités ont été déployés pour le suivi d’éventuels des risques de violence électorale.

A ce jour, les contributions apportées à travers ‘’l’Alerte et la Réponse’’ comprennent, entre autres :
le déploiement de 20 moniteurs dans les zones à risque de violence électorale conformément à une cartographie de zones à risques et des indicateurs de suivi validés les 12 et 13 septembre 2019 ;
la mise en place, en octobre 2019, d’un Groupe National de Réponse Électoral (GNRE) qui a conduit des rencontres de plaidoyers auprès des coordinations régionales, des partis politiques, la CEDEAO et le Ministère de la Sécurité ;
le financement de trois mini-projets de réponses rapides mis en œuvre au profit des jeunes de l’axe Bambeto-Cosa, des communicants des partis politiques et des journalistes pour un total de 10 173 € ;
le déploiement de 310 observateurs accrédités pour observer le scrutin dans les zones identifiées comme à risque de violences électorales.

La tenue d’une réunion consultative avec les autorités religieuses et morales (coordination régionale) pour les amener à s’impliquer davantage dans l’apaisement du climat sociopolitique ;
L’organisation d’un atelier de formation de 25 journalistes au reportage dans une situation politique tendue (Journalisme sensible aux conflits) ;
L’organisation d’une formation sur l’utilisation des médias sociaux dans un paysage politique tendu à l’intention de 25 blogueurs et communicants des partis politiques ;
La production de deux spots radio et TV, trois émissions radio et deux émissions TV sur la paix, la cohésion sociale et la tolérance ;
La conduite des audiences d’écoute et de plaidoyer pour la cohésion sociale et la paix par les autorités morales et les chefs religieux.

Stratégie de coordination de notre mission d’observation
La présente Cellule de Veille Électorale lancée ce 17 Octobre 2020 travaillera jusqu’au 19 en étroite collaboration avec les 310 observateurs déployés dans les 8 régions pour continuer l’alerte et contribuer a? la réponse aux cotés des parties prenantes pour l’atténuation de la violence électorale. Elle est constituée de quatre (4) chambres distinctes et complémentaires a? savoir :
La chambre de collecte des données ;
La chambre d’analyse des données ;
La chambre de Réponses aux risques ; et
La chambre de Communication.

Motifs de satisfaction et de craintes, défis et recommandations,
Au nombre des motifs de satisfaction, nous citons :
La participation de plusieurs autres missions d’observation électorale (Organisations de la Société Civile nationales, CEDEAO, UA) etc.

Au titre des motifs de crainte, nous relevons :
Les séquelles et conséquences des différentes manifestations violentes et les risques de rebondissement dans certaines localités ;
Le risque élevé de violences électorales dans certaines zones et régions du pays ;
L’insuffisance de communication et de dialogue entre les différents acteurs politiques entretenant d’énormes risques de tensions et violences post-électorales ;
Les risques de relâchement des mesures barrières pouvant générer une nouvelle vague de contamination au Covid-19 ;
Le manque de cohésion au sein de la CENI avec des commissaires en désaccord avec la gestion de l’institution.

Quant aux défis à relever pour ces élections, le WANEP note :

la sécurisation du processus électorale et le respect des droits humains sur toute l’étendue du territoire national ;
La garantie du respect des principes électoraux dont la transparence, la sincérité et l’inclusivité pour justifier la validité et l’acceptation des résultats de l’élection ;
L’application stricte des mesures et pratiques de lutte/prévention du Covid-19 durant les scrutins afin d’éviter une augmentation des cas de contamination au lendemain de l’élection.
La gestion du scrutin et des mouvements de foule durant l’élection pour limiter les dégâts et les pertes en vies humaines,

Au regard des craintes et défis évoqués, le WANEP-Guinée recommande :
Au gouvernement
De privilégier la création d’un climat favorable à la bonne tenue de l’élection,
D’éviter toutes interférences de nature à entacher la crédibilité du scrutin et des résultats qui en seront issus.

A la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI),
De se doter d’un mécanisme de réponses rapides pour apporter des solutions aux cas de dysfonctionnements et irrégularités qui seront notés sur le terrain dès l’ouverture des bureaux de vote ;
D’agir avec impartialité et dans le strict respect des lois électorales,
De s’assurer que, dans tous les bureaux de vote, les dispositifs de lavage des mains et de respect des mesures barrières sont en place et strictement respectés.

Aux partis politiques (candidats)
De privilégier le dialogue et le recours aux voies légales pour le règlement des différends post-électoraux qui s’annoncent très probables,
D’appeler, par le discours et par l’exemple, les militants à la non-violence,
D’observer les dispositions du code de bonne conduite des partis politiques.

Aux forces de défense et de sécurité :
De maintenir l’ordre dans le cadre légal et le strict respect des droits de l’homme ;
D’agir de façon professionnelle sur le terrain et respecter l’utilisation exclusive des armes conventionnelles lors des opérations de maintien d’ordre.
Aux institutions de protection et de promotion des droits humains :
De continuer à interpeller les différentes parties prenantes au processus au strict respect des droits humains.

A la presse nationale et internationale :
De respecter l’éthique et la déontologie du métier de journalisme ;
De s’abstenir de diffuser, durant le scrutin, toute information qui pourrait exacerber la crise en refusant de relayer les propos qui incitent à la violence.
Aux leaders religieux et traditionnels :
De continuer à prêcher la paix et la concorde sociale.

Aux acteurs de la société civile,
De poursuivre leur rôle de veille, d’alerte et de propositions des solutions concrètes.

Fidèle à ses idéaux de paix et cohésion sociale, la Cellule de Veille Électorale de WANEP-Guinée et ses partenaires s’engagent, aux côtés des autorités requises, à l’observation de l’éthique, de l’intégrité et de la transparence du processus électoral en vue de contribuer à prévenir ou atténuer les risques de violences susceptibles de nuire à la sécurité humaine en Guinée eu égard au contexte sociopolitique et sécuritaire très tendu.

La mission d’observation de WANEP rendra publique sa déclaration préliminaire, le 19 Octobre 2020 et un rapport général à l’issue du processus électoral.

Fait à Conakry, le 17 Octobre 2020

La cellule de veille électorale

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