Tribune des opposants, dialogue, RRD, Mali…, Diallo du MG-5 survole l’actualité. Entretien…

A son domicile privé de Nongo, dans la commune de Ratoma, Abdourahmane Diallo, président du Mouvement Guinéen pour l’Action, le Développement, la Justice, la Paix et la Solidarité (MG-5) a passé en revue l’actualité sociopolitique du pays et de la sous-région. Au cours de cet entretien à bâton rompu accordé à avenirguinee, l’allié de la mouvance présidentielle a ouvert son cœur ! son départ du RRD d’Abdoulaye Kourouma, la tribune des responsables de l’UFDG en prison, l’empêchement des opposants de sortir du pays, l’augmentation annoncée du prix du carburant, la crise à la feguifoot, l’installation du président de la transition au Mali, entre autres sujets qu’il a décidé de commenter sans confier sa langue aux chats. C’est parti ! entretien…

Avenirguinee.net : Pendant l’élection présidentielle du 18 octobre dernier, vous avez signé une adhésion en tant que mouvement au RRD, le parti dirigé par Abdoulaye Kourouma. Aujourd’hui, le divorce semble être consommé. Qu’est-ce qui s’est passé ?

« Le RRD fait partie de mon passé politique. Je pense que l’adhésion d’un parti dépend de la convergence et de la divergence des points de vue. Si à un moment, on pense qu’il y a une divergence de telle sorte que ça crée un fossé, nous sommes tous des acteurs politiques, nous sommes appelés un jour ou l’autre à œuvrer pour notre propre épanouissement. Avec le RRD, à un moment donné, c’était un peu compliqué. J’ai toujours reproché aux leaders politiques, si vous confondez un parti politique à une entreprise privée ou familiale, vous passez à côté de la démocratie. Et, je ne milite pas dans un parti politique où les décisions ne sont pas prises à la démocratie. Je me retrouve toujours sur un banc de touche à regarder les choses se passer.

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Avenirguinee.net : Est-ce qu’il y a eu des guéguerres de leadership entre vous et Abdoulaye Kourouma ?

Non, pas du tout. Je pense que nos actions ne sont pas orientées vers le même sens. A un moment, j’ai porté mes expériences pour le parti. Mais, malheureusement, avec les divergences qui s’augmentent du jour au jour, j’ai pris mes responsabilités pour quitter le parti.

Avenirguinee.net : L’actualité, c’est la sortie de cette tribune signée par trois responsables au sein de l’UFDG : Ousmane Gaoual Diallo, Cellou Baldé et Chérif Bah. Si vous l’avez lue, quelle appréciation vous en faites ?

Je pense que ces personnes qui ont écrit cette tribune doivent se trouver moralement blessées. Je ne suis pas membre de l’UFDG pour avoir leur relation avec le parti, mais quand même c’est une tribune qui appelle à la responsabilité des uns et autres. Aujourd’hui, elle est interprétée sur différents angles : d’aucuns pensent déjà que c’est une forme de soumission, d’autres pensent que c’est une façon de trahir leur parti. C’est quand-même responsable de leur part de comprendre que le dialogue est une nécessité, et qu’il doit se faire à tout moment. Aujourd’hui, ce dossier étant dans l’action judiciaire, le juge d’instruction l’a même clôturé et renvoyé ces personnes devant le tribunal pour le jugement. Donc, cet appel au dialogue, c’est toujours bien. Mais, je ne sais pas quel impact cela aura sur leur liberté.

Avenirguinee.net : Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui le président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo est dans un dilemme profond, puisqu’il refuse carrément de se mettre autour de la table pour dialoguer avec Alpha Condé ?

Ce n’est pas un dilemme parce que ce n’est pas le président de la République qui a écrit la tribune, qui a mis la pression sur les gens qui sont en prison pour l’écrire. Je pense que ces personnes ont écrit cette tribune en toute responsabilité en prenant conscience de l’enjeu de leur jugement. C’est à Cellou Dalein Diallo, en tant que chef de son parti, en tant que guinéen, de réfléchir conséquemment. Cet appel vient de sa famille politique, s’il le répond, oui… j’ai toujours dit : on ne peut pas demander un dialogue pour poser des préalables. Le gouvernement, en ce que je sache, n’a pas posé de préalables. Ce cadre de concertation était mûri bien avant, ce n’est pas quelque chose qui est venu à cause de cela.

Est-ce que cette situation pourrait produire des conséquences au sein de l’UFDG si le parti ne prenait pas en compte cette demande de ses cadres en prison ?

Moi, je suis un allié de la mouvance, oui aussi un observateur mais, j’ai mes convictions. Mon combat, c’est de soutenir le président de la République, le prof Alpha Condé, dans la gouvernance du pays. Je ne pourrais pas commenter l’impact ou les conséquences de cette sortie sur l’UFDG. Je pense que c’est un parti comme les autres, qui a sa structure de fonctionnement, qui saura tirer les conséquences positives ou négatives de cette tribune.

Si vous étiez à la place de Cellou, comment allez-vous gérer une telle situation ?

Je ne suis pas à la place de Cellou et je ne pourrais pas me mettre à sa place parce que nous n’avons pas les mêmes convictions. Je pense que le président de l’UFDG, connaissant bien son parti et son idéal, saura prendre les mesures qu’il faut.

Est-ce que l’UFDG ne risque pas de tomber une nouvelle fois dans le piège d’Alpha Condé ?

Je ne suis pas membre de l’UFDG. Je suis allié à la mouvance et elle n’a jamais eu une seule fois l’intention de faire nuire à l’UFDG. Nous sommes dans un combat politique, autant l’UFDG cherche à déstabiliser le Rpg, autant le RPG et la mouvance cherchent… nous nous battons pour satisfaire le peuple et nous serons toujours unis dans une famille. A chacun sa manière de faire le combat. Donc, c’est à l’UFDG de prendre ses responsabilités…

Depuis la proclamation des derniers résultats de la présidentielle du 18 octobre 2020, des opposants sont empêchés de sortir du pays. Le président de l’UFDG, l’un des vice-présidents Fodé Oussou Fofana, Halimatou Dalein Diallo…

Je pense que le procureur de la République près le tribunal de Dixinn a eu à faire un communiqué par rapport à cette situation. Je ne suis pas au fond des informations que détient le procureur de la République. S’il a décidé que la sortie de tel ou tel citoyen pourrait nuire à la manifestation de la vérité lors d’un procès ou d’une instruction, je pense qu’il est de son devoir en tant que garant de la liberté et de la sécurité des citoyens d’appliquer les lois.

Le président de la République, prof Alpha Condé, a, à travers un décret rendu public, annoncé la nomination de Fodé Bangoura comme secrétaire permanent du cadre de dialogue. Est-ce un espoir pour une sortie de crise ?    

Je n’ai pas côtoyé Fodé Bangoura mais, je pense que c’est un de nous. Il a eu à occuper des grandes fonctions dans ce pays. En voyant ce que les uns et les autres disent de lui, c’est un grand homme d’Etat, je pense que la plupart des hommes politiques qui sont les ténors de la seconde frange de l’opposition, ont œuvré à côté de lui, si je ne me trompe pas. Donc, je pense qu’il sera à la hauteur de la mission que le chef de l’Etat lui ait confiée.

Est-ce que sa position politique lui permettra de mener à bon train cette mission ? Fodé Bangoura est vu par beaucoup d’opposants comme celui proche du pouvoir Condé.

Je pense que monsieur Fodé Bangoura est plutôt de l’opposition, parce que faisant partie du cabinet du chef de file de l’opposition. Je pense qu’il pourra faire la mission qui lui sera confiée. Dans ce cadre de concertation, on y voit carrément que l’aspect politique ; alors que c’est non seulement pour le dialogue politique, mais aussi social.

Avez-vous connu le FNDC ?

Oui, je l’ai connu. Pour moi, c’est un mort-né. Je n’y ai jamais adhéré parce que je ne voyais pas l’objectivité de leur combat. Dire ‘’ Front National pour la Défense de la Constitution’’, je crois que c’est ignorer que cette constitution de 2010 n’a jamais interdit le président de la République de procéder à des réformes constitutionnelles. Donc, je pense que c’est un combat qui n’était pas objectif. Et la combinaison des politiques, des acteurs de la société civile et d’autres entités, je pense que c’était déjà mort-né.

Est-ce que cette combinaison, pour reprendre votre terme, a contribué à souiller l’image de la société civile guinéenne ?

Il y a le CNOSCG qui est là, on leur reproche d’être proches du gouvernement mais, je trouve le contraire. M. Dansa Kourouma, c’est quand même quelqu’un qui a une analyse assez objective par rapport à beaucoup de situation. Mais, ici, si on ne juge pas en sa faveur, on pense toujours que l’autre est de l’autre camp. Le FNDC était mal composé depuis le début.

L’autre actualité, c’est aussi cette annonce par le gouvernement de l’augmentation du prix des produits pétroliers. Alpha Condé semble avoir pris du recul. Pensez-vous que les guinéens sont en mesure de supporter une éventuelle augmentation du prix du carburant ?

Dans ce débat, j’ai suivi la communication des uns et des autres : le président Cellou Dalein de l’UFDG, Dr Ousmane Kaba du PADES, Aliou Bah du Model et autres… En écoutant toutes ces informations, je me suis dit qu’il est temps que le débat politique soit responsable. Nous faisons partie d’une économie mondiale, nous ne sommes pas isolés. Au mois de novembre 2020, le baril du pétrole se négociait à 38 dollars. Aujourd’hui, nous sommes à 71 dollars. Cela veut dire que le prix de la matière première a augmenté. Secundo : le président de l’UFDG a affirmé que : ‘’ l’Etat, dans sa prévision, n’a pas ce qu’il doit avoir’’. Cela veut dire déjà que l’Etat fait un effort pour compenser. Et, la compensation, en matière d’économie par rapport à un Etat, est appelée une subvention. Ce qui m’a un peu fait mal dans ce débat, c’est Dr Ousmane Kaba qui est un homme respectable dans ce pays, compte tenu de toutes les fonctions qu’il a occupées, des universités qu’il a, qui forment, et que cet éminent économiste se permet d’aller dans certaines considérations en fuyant les notions élémentaires de l’économie, je pense que ce n’est pas assez responsable. Troisième point, c’est Aliou Bah qui dit que l’Etat ne peut pas nous faire croire qu’en 2020, il n’y a pas eu d’activités, il n’y a eu assez de demandes de produits pétroliers, donc l’Etat ne peut pas nous faire croire que ce produit a augmenté de prix. Donc, pour moi, c’est l’irresponsabilité des acteurs politiques. Nous avons tous l’ambition d’aller vers le pouvoir, et demain, si Dieu le veut bien, nous serons les responsables de ce pays. Donc, à un moment donné, on doit faire fuir des débats politiques et faire des débats citoyens et responsables. Ce qui est vrai, on le dit ; ce qui n’est pas vrai, on le dit. L’Etat fournit d’énormes efforts par rapport au secteur pétrolier. Est-ce qu’il doit continuer aujourd’hui avec l’augmentation du prix du pétrole, d’augmenter ses efforts compte tenu de la crise dans laquelle le pays se trouve ?  Le gouvernement a jugé nécessaire de faire des concertations et il n’y a eu jamais une augmentation en Guinée sans une déclaration. L’augmentation est inévitable. Quelles seront les mesures d’accompagnement ? C’est à ça que le gouvernement est en train de réfléchir engageant des concertations avec des ministères sectoriels et les différents acteurs dans les domaines qui interviennent non seulement dans le commerce, mais aussi dans l’approvisionnement en hydrocarbure pour qu’ensemble ils puissent voir dans quelle mesure cette augmentation pourra se faire.

Nous allons parler du football : vous suivez de près les petites querelles au sein de la féguifoot par rapport à l’élection d’un nouveau président. Mamadou Antonio Souaré a été déclaré inéligible par la CAF et la FIFA. Pour vous, qu’est-ce qui cloche dans cet autre secteur ?

Le président de la République, dans sa première déclaration après l’élection présidentielle, disait qu’on va « gouverner autrement », c’est mettre fin à ces genres de situation. C’est déplorable que des hauts responsables qui gèrent une association comme la féguifoot, se mettent à un niveau très bas. Le président sortant, qui, pendant son mandat, a eu à rencontrer beaucoup de personnels de la FIFA, de la CAF et d’autres institutions, devrait être en mesure de savoir si sa candidature devait porter préjudice au règlement du football dans le monde. Donc, c’est irresponsable. Bien avant cette élection même, il y avait tout un tintamarre autour de cette affaire comme si c’était l’élection d’un président de la République, avec des dons de voitures, de maisons, des dons aux artistes, des clips qui sortent, c’est irresponsable. Tout cet argent gâché pouvait servir le football guinéen.

Vous suivez les informations dans la sous-régions, le président Assimi Goita a été installé ce lundi au Mali comme président de la transition. Quelles doivent être ses priorités dans ce pays dont la sécurité est fragilisée ?

Ce président est celui qui porte le Mali à cœur, je l’ai côtoyé, je le connais très bien. C’est quelqu’un qui n’a pas d’ambitions politiques, c’est un militaire qui pense que le Mali doit être tout. Il a travaillé au front, il a gagné des combats contre les rebelles, et c’est quelqu’un qui résidait pratiquement entre le centre et le nord du pays.

Je pense qu’il a déjà compris ses priorités, c’est de rassembler les maliens autour d’un idéal vers l’unité afin que nous puissions faire face aux crises présentes dans le pays. Il y a la crise sociale, sécuritaire, et de développement économique. Raison pour laquelle depuis la destitution de l’ex président, sa première mission a été de rencontrer toute la classe politique malienne sans exception, y compris les forces rebelles. Et, aujourd’hui, tous sont unanimes pour conduire la transition avec lui.

Pour finir, une réaction sur la dernière attaque survenue au Burkina Faso. On parle de plus de 100 civils tués.

C’est triste de voir que ce sont nos propres frères qui s’attaquent à nous surtout en islam. Cette religion n’a jamais recommandé cela, elle n’a jamais recommandé cette violence à ce niveau. Je pense que cela démontre en plus la solidarité que nos pays doivent avoir ensemble. L’occident ne viendra pas nous sauver, c’est à nous en tant qu’africains de comprendre que seules nos forces peuvent nous défendre. Je profite pour saluer tout ce que la Guinée fait pour le Mali. Aujourd’hui, la France a décidé de partir. Mais, ce qu’on ne dira jamais, les premiers éléments sur les lieux du front, c’est l’armée guinéenne et tchadienne. Et, je sais que le président Alpha Condé, dans son esprit de panafricaniste, continuera à appuyer ce pays qui m’a beaucoup donné pour qu’enfin la sécurité puisse être là.

Merci pour cet entretien avec Avenirguinee.net

C’est moi qui vous remercie !

Réalisé par Mohamed Cissé

Contactez-nous : 623338357

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